mercredi 17 novembre 2010

10 - Puno

Au lever, Sylvie constate que dans toutes ces pérégrinations, son appareil photo s´est fait la malle.
On se refait le film de cette maudite journée d´hier et ne voyons que deux hypothèses: au bord des piscines chaudes (pourtant on guettait les sacs sans discontinuer) ou alors dans la voiture cette nuit. A force de monter/descendre dans les passages difficiles, on a laissé le sac sans surveillance à quelques reprises.
Peu importe, appareil photo volé, ça veut dire crise de larmes et malédictions contres les voleurs en général et ceux de cet appareil en particulier.
Bilan de l´affaire: un appareil photo dans le vent, des centaines de photos perdues dont toutes celles où je suis. Pour l`appareil, on en rachètera  un. Pour les photos: seules celles que Sylvie a prises sont perdues, moi j´ai les miennes. En revanche toutes celles que Sylvie a prises de moi étaient uniques.
Rage, rage et re-rage.
On va aller voir le Titicaca, ça nous changera les idées.









 Petit tour au centre ville avec son inévitable Place des Armes, sa cathédrale et ses immeubles coloniaux. Ensuite on va escalader la colline du condor: 500m de haut, pente à 45 deg. Putain ça se mérite le point de vue depuis là haut: la ville s´étend à nos pieds et jusqu´à l´horizon, le lac Titicaca brille d´un bleu azur. C´est le plus haut lac navigable du monde. On est dans les records avec le Canyon du Colca.



 En descendant sur la rive du lac, on tombe sur le marché. Coloré à souhait, il permet quelques photos typées.








 Bref passage à la gare routière pour réserver le prochain transport vers Cuzco. La route d´hier étant toujours coupée par les camarades syndicaux, Puno est isolé du monde. Normalement dans 3 jours elle devrait  être réouverte (le gouvernement négocie car bloquer l´accès a Titicaca pour les touristes, c´est la ruine assurée de la région). Et on pourra poursuivre notre périple.
Ca correspond pile poile au temps qu´on avait prévu pour les visites des iles folttantes.
Je ne vais pas rater cette occasion de bien préciser à Sylvie que si on n´avait pas pris le bus d´hier soir dans les conditions acrobatiques qu´on sait, ben on était bon pour rouiller à Arequipa jusqu´a la fin du conflit. J´ai le triomphe modeste, mais je tiens à ce que cela soit constaté: mes plans intuitifs ont toujours une raison qui se dévoile tôt ou tard.
Sur la jetée du port de plaisance, une troupe folklorique d´ados répète la pandilla, danse locale, en habits traditionnels.
Dès qu´on sort l´appareil photo, les filles se précipitent et posent comme des stars, pouffant en se voyant sur l´écran. Les garçons se la jouent macho, dédaigneux de ces émois de pisseuses. Sauf que j´en prend un en portrait et lui propose de lui envoyer via internet. Ah mais c´est que ça change tout, ils rappliquent tous et prennent la pose et tout se termine par filles et garçons mélangés, hilares et insistant bien pour qu´on envoie les photos une fois rentrés en France. Vous en faites pas les muchachos, ce que je promets, je le tiens.



Après la jetée, on veut aller voir un vieux steamer du 19e siècle en cours de réfection pour reprendre du service.  J´avise qu´en coupant par le rivage, on raccourcit notablement le trajet. Sylvie est dubitative quant à la faisabilité de l´affaire. Elle le sent pas et me le déconseille vivement. Et moi, hardi comme pas deux, je me lance sur le rivage... et 5m plus loin suis enfoncé jusqu´aux genoux dans le marécage. Je me sors tant bien que mal de cette tourbière en m´arrachant les pieds dans les débris de roseaux. Une fois revenu au sec, les dégâts sont impressionnants. Je suis couvert de boue gluante, puante et collante et je pisse le sang par 2 énormes entailles au pied gauche. Clopin clopant on se dirige au bout du port et un taxi m´amène fissa aux urgences de l´hosto le plus près.
Prise en charge immédiate, les soignants sont morts de rire à l´énoncé de mes péripéties. L´interne de garde me cure les plaies pendant 1h et me transforme les estafilades en plaies de 1cm de profond, autant de large et 4 cm de long.
Me demandant d´où je viens, il me dit "je connais Lyon, j´ai appris ma chirurgie avec les manuels d´un professeur lyonnais, le Pr Latarjet"
Oh putain merde, ici, à 4000m, le long du Titicaca, le médecin qui me soigne a appris son métier dans les bouquins écris par l’arrère grand-père de mon pote Tiago avec qui je bosse. J´en suis sur le cul.
Il recoud, bande, fait son ordonnance et amène la note: 12 euro 50, antibio compris. En fait ca fait 50 soles, soit 10% du SMIC péruvien; et ramené aux tarifs français, ça ferait une consulte en bobologie aux urgences pour 100 euro. C´est le même prix que chez nous finalement.
Faut quand même décrire les urgences péruviennes: locaux et mobiliers années 50, compresses stérilisées au poupinel dans du papier d´emballage récupéré à chaque usage, poussière et toiles d´araignées au plafond, le grand professeur cravaté et souliers vernis qui s´adresse du menton aux soignants pour signifier ce qu´il veut.
Peu importe, ils m´ont recousu, et c´est le principal.



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