mercredi 17 novembre 2010

13 - Chemin de l'Inca: de Cuzco à Aguacalientes

Muni du mail d´Aurore (voir épisodes précédents), on a étudié sérieusement l´expédition Machu Picchu pour la faire sans passer par un tour-operator.
Ca commence par une escale à Pisac, réputé pour son marché dominical et son complexe Inca, au début de la Vallée Sacrée.
Munis du Lonely Planet, on va où est sensé se trouver le départ du taxi collectif idoine. Sauf que bien entendu cela a changé d´endroit ; c´est 2km plus loin (entendre plus haut). A force de demander, on arrive enfin à sauter dans un de ces minibus brinquebalants. Tiens, sur le journal affiché dans les kioskes, la une est ornée des photos des 17 morts survenus hier alors qu´un bus a sauté d´une falaise de 300m... Rassurant!
Pisac: bourgade perchée au fond de la Vallée Sacrée. On se fait le célèbre marché: il mérite sa réputation. Après, on veut aller aux ruines.... 4,5km de grimpettes sur une pente à 60%, ou alors le taxi qui te monte au sommet, et tu te redescends les 4,5km d´escalier en pierre.






 On choisit la 2e option qui nous permet de se poser sans douleur sur la ville Inca la plus haute, puis de redescendre paisiblement (enfin avec quelques raidillons à grimper, sinon où serait le plaisir?) vers la 2e, puis le temple et enfin la dernière cité. A flanc de falaises, des milliers de trous indiquent où les pillards de tombes ont déterrés les momies.
Les  3 cités et le temple sont perchés sur la crête. Entrelacs de ruelles à escaliers en pierre taillée, mur d´enceinte cyclopéen, habitations enchevêtrées entre rocher et murailles, tout un système, encore en usage, d´alimentation en eau et évacuation des eaux usées.
Tout cela surplombe les terrasses de culture plongeant au bas de la vallée, 700m plus bas.
Un tunnel creusé dans le roc permet d´accéder au lieu sacré.
L´architecture y est encore plus minutieuse et s´organise autour d´un immense roc en basalte taillé et servant de lieu de sacrifice. Face à tout ce complexe, des montagnes aux pentes quasi verticales. Ce lieu est grandiose.
    











 La redescente, par le sentier de chèvre, est suffisamment ardue pour qu´on ne regrette pas d´avoir évité de l´escalader!
Retour au bourg, pose goûter dans une taverne célèbre pour son gigantesque four à empanadas et sa maison en terre sculptée servant de clapier à cobayes.





 On saute dans le bus pour Urubumba, prochaine halte dans la Vallée Sacrée.
Le bled est sans âme, la pension en plein centre ville. Un bon gros dodo et on se lève à 7h sous la pluie. Un taxi nous emmène à Muray visiter l´INRA Inca.
 Les Incas avaient construit une station expérimentale de recherche en agriculture. Concrètement, à 3000m ils ont utilisé 3 petites vallées naturelles pour y aménager des terrasses circulaires orientées S, SE, SO et NE: ainsi sur 4 orientations, les cultures bénéficient en outre de différentes expositions. Cela leur permettait ensuite de savoir où construire leurs terrasses de culture et surtout quoi y cultiver.

 Au retour, arrêt aux salines de Maras. Une source volcanique déverse une eau tiède hyper-chargée en sel. Les Incas avaient construit des bassins de décantation pour extraire le sel si précieux dans ces vallées de haute montagne. Ces bassins sont toujours en activité, on en ramène 250g de sel muy buonito coutant le prix du caviar (3 euro le kg !).
La pluie ayant détrempé le sol, une bouillasse de 2kg pèse à chaque chaussure, on glisse plus qu´on ne marche, la hantise de s´aplater nous fait progresser à tous petits pas.

 Le taxi nous ramène à la gare routière et on enquille un taxi collectif pour Ollantaytambo. Autre pueblo perché au milieu des pitons vertigineux et dentelés, il est célèbre pour sa cité antique lieu d´un combat mémorable où les espingouins se ramassèrent une branlée.
La pluie s´était arrêtée, tant mieux, on fait 3 photos, vlan elle retombe. Bon, avisons où se prend le bus allant à Santa Maria.... Arghh, on a mal été aiguillés (ou on a mal compris): ce bus se prend à Urubamba. Allez, zou, retour au village de ce matin (en fait on verra plus tard que le bus fait escale a Ollantaytambo, et qu´on aurait pu le prendre sous réserve qu´il y ait de la place; revenir à Urubamba permet de prendre un ticket, et donc d'être sûr de monter).




 A la gare routière on galère pour savoir où est le bus qui nous concerne. En définitive il est à prendre à l´entrée opposée du village, à 2km. Hop, pédibus jambus on avance (heureusement sur du plat) dans la direction en se faisant confirmer à chaque rencontre. Devant un estanco style épicerie locale avec 3 tables pour se manger une soupe de quinoa, à 20m du feu rouge, on demande où se prend le bus.... Miracle! C´est le correspondant local de la compagnie: il nous vend les tickets. Et on y apprend: le bus passe à 15h (à 1h près on le ratait.... merci la pluie qui a abrégé la visite des ruines) nous déposera à 19h à Santa Maria d´où on sautera en taxi jusqu´à Santa Teresa avec arrivée vers 20h. Soit en pleine nuit noire. Et de là on a 8km à faire le long d´une voie ferrée pour arriver à Agua Calientes.
Prudemment, on s´arrêtera à Santa Teresa, et on se fera la marche demain, c´est plus sûr et au moins on verra le paysage.

 Le trajet en bus se fait en serpentant une montagne couverte d´une herbe vert sombre. Les lacets s´enchainent, on grimpe, toujours plus haut, on franchit le col à 4316m, au dessus des nuages, entre les 2 montagnes de la Nevada Veronica dardant leurs cimes à 5700m sous les rayons du soleil.
Redescente à une allure de sénateur par des successions impressionnantes de virages en épingles à cheveux. Las, la route est en travaux, ce qui ralentis l´allure (pourtant peu rapide): on mettra 6h au lieu de 4. Des pics vertigineux, des cascades plongent le long des murailles verticales.
On franchit à gué des torrents impétueux, les montagnes sombres nous enserrent dans leurs gorges. Le soleil se couche sur ces paysages grandioses, parsemés de cabanes entourées de lamas.
A peine arrivés à Santa Maria, un taxi nous alpague et illico nous transfère à Santa Teresa. 45mn de piste à flanc de falaise, à franchir des gués où ruissellent des torrents fougueux. Dans la nuit noire, les pinceaux des phares dessinent des ombres monstrueuses sur les rocs. La musique caliente, à fond, donne une touche surréaliste à cette expédition au bout de nulle part.







 A l´arrivée, le chauffeur nous arnaque: le prix convenu était, d´après lui, celui pour UNE personne... On est fourbus, on discute pas, ca ne représente que 2 euro l´arnaque.
 On se dégote vite fait une pension (20 soles, moins cher tu as que la cabane en planches), une petite bouffe et gros dodo.
Tellement gros dodo qu´on se réveille un peu tard (8h30). Catastrophe lors de la douche: Sylvie casse un lavabo. Enfin disons plutôt que le lavabo était posé de telle manière que la moindre pichenette l´envoyait valser. La mama gémit tant pour feu son bidet que pour la soi-disant monstrueuse blessure qu´elle s´est faite en ramassant les morceaux. Crise de H caractérisée qui se soigne efficacement par 50 soles de dédommagement (12,5 euro !) et un urgo appliqué doctement par "la infermera".
Petit dej, on hèle un taxi pour aller à la centrale hydro-électrique, point d´entrée de la dernière marche avant d´être au pied de la citadelle du Machu Picchu.




 Ca commence donc par 1h de piste défoncée, à longer un torrent titanesque déboulant au milieu de rochers immenses dans un fracas d´écume et grondement de tonnerre. Des cascades tombent à pic de sommets vertigineux.
Chose incroyable, à plus de 3000m, une forêt de bananiers tapisse les berges.
Ensuite on doit poursuivre à pied pour 3h de marche le long d´une voie ferrée désaffectée, perçant une jungle luxuriante de fleurs, oiseaux aux cris stridents et frêles papillons multicolores. En contrebas le torrent, toujours majestueux, rugit en permanence et son écho se répercute sur les falaises.
Au premier pont, en levant les yeux, on s´arrête, saisis d´émotion en contemplant le Waynapicchu et la dentelle des palais Incas qu´íl protège.
Nous sommes à l´arrière du site, au pied de l´à-pic de 1500m de la cité.











 Encore 2h à serpenter entre les falaises escarpées; les insectes s´en donnent à cœur joie pour sucer les jambes mi-nues de Sylvie. On commence à regretter la grasse mat: il est 13h, le soleil tape au max, il reste 3km, on avance à pas de fourmi.
 
 Enfin, Agua Callientes est devant nous, avec une longue et infinie montée qui nous laisse exsangues et fourbus arrivés sur la place centrale.
Le temps d´aviser une guest house (40 soles, vraiment pas cher pour un lieu si touristique) et de se boire 1/2l de bière, et on se précipite dans les piscines d´eaux chaudes pour un long bain voluptueux dans les ondes volcaniques (il ne faut pas être regardant sur la couleur de l´eau, une vraie soupe à gringos!)
Deux heures à se prélasser, à se détendre, à jouir du panorama grandiose face à nous.
Le soir, petit restau sympa et pas cher. Ici, vue la topographie, plus tu montes, et moins c´est cher. Ca commence à 100 soles le repas en bas, on a payé 15 soles.... Imaginez ce qu´on a grimpé comme ruelles!
Demain réveil à 4h pour faire partie (je croise les doigts) des 200 premiers inscrits ayant le droit de gravir le Waynapichu à 7h (il y a 2000 à 3000 touristes par jour ; faut se lever tôt pour être dans les 10% autorisés à accéder au Saint Graal)
Précision: Machu Picchu, la citadelle, se visite par tout le monde. Ce qui est d´accès restreint, c´est le piton du Waynapicchu surmontant la citadelle, et offrant un point de vue unique sur le site, surtout au lever du soleil. D´où la nécessité d´y être TRES TOT.



Ca, c´était la version style reportage.
 Voila maintenant celle que ces paysages somptueux m´évoquent. Pachamama, créatrice de la vie, garde en son sein le plus précieux des trésors, celui niché au creux de la Vallée Sacrée, le mythique Machu Picchu. Elle permet à quelques heureux élus d´accéder à ce joyau. Pour parvenir à cette destination sacrée, il faut suivre un parcours initiatique. Il commence par une caresse sur sa poitrine recouverte d´une dentelle émeraude. En montant plus hardiment entre ses seins, on dévale entre sa gorge aux mamelons de glace caressés aux feux du soleil.Ensuite on fait frémir son ventre, telle une plume virevoltante allant de ci de là entre des rangs de perles tombant de ses longs cheveux. Elle laisse approcher ses hanches ceintes de broderies d´argent, nous autorise une halte avant d´entreprendre la conquête ultime de sa Vallée Sacrée.Dans sa toison luxuriante nous progressons lentement, l´entendant gémir au fur et à mesure de notre audace. Prête à céder, dans un ultime raâe, son capuchon érigé, elle laisse entrevoir sa mystérieuse vallée, et nous baigne enfin de son plaisir, récompensant ainsi le hardi voyageur ayant su la conquérir.Offerte, désirante, elle ouvre son intimité pour dévoiler son joyau; prête à se laisser caresser. Sa jouissance est un feu d´artifice, mêlant les plaisirs de tous les sens. Elle laisse le preux voyageur repus, contemplant cette beauté sublime, dominant le monde illuminé de cette grâce. Waynapicchu est l´acmé du plaisir, l´alpha et l'oméga de nos yeux.



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