mercredi 17 novembre 2010

1 - Lima


Et voila, le périple 2010 est commencé.

Après 19 heures de voyage on a atterri à Lima.

Une clope pour se déstresser, on saute dans un taxi qui bien entendu veut a tout prix nous emmener là ou il a ses accointances, mais bon, même avec les bribes d’espagnol à ma disposition, il a finalement accepté de nous poser ou on l’avait décidé.
Complètement cassés, une nuit de 10h non stop.
Au réveil j’ai les yeux bouffis, on dirait un lémurien..... je soupçonne les acariens comme responsables, ça commence donc avec les gouttes dans les yeux et lunettes noires pour au moins toute la journée.
Ce matin ca va être exploration de Lima et surtout trouver la station de bus pour réserver un aller vers Pisco.

Lima
Nuit à dormir à poings fermés après les 19h de voyage dont les 12 dernières non stop en Airbus 340.
Apres le petit-dej, on se lance à la découverte de Lima, du moins son centre historique. Pour Miraflores, ce sera lors de notre 2e passage en revenant de Cuzco et avant de monter sur les plages du nord.


Une rue piétonne bordée de boutiques de mode et de restaus branchés nous amène sur la Place des Armes.


Une fontaine d’un demi millénaire en occupe le centre, tout autour des bâtiments coloniaux ocre avec des balcons en bois.


A droite, la cathédrale, sans cesse reconstruite après 4 tremblements de terre.

A gauche, le palais présidentiel.
On tombe pile poile au moment de la relève de la garde.
Voila comment ça se passe: les spectateurs sont à 10 m des grilles, dissuadés d’approcher par un cordon de militaires armés, casqués et planqués derrière leurs boucliers. Damned, pensent-ils que je suis la pour déclencher un assaut révolutionnaire?
De l’autre côté des grilles, épaisses comme un bras, une escouade de gugusses en uniformes chamarrés, défilent au pas de l’oie accompagnes par un orchestre rutilant.
Ca commence sur l’hymne national, ça continue par Peer Gynt et ça se finit 1/2h plus tard sur El Condor Pasa....
Au moment de l’hymne, un des mirlitons formant le cordon de protection brame à plein poumon les paroles. Il va prendre du galon vu le zèle qu’il met !
Dans la foule, un "loco de lima" exprime sa pensée par des tonitruants "de la mierda"!
El Condor Pasa avec grosse caisse, trombone et trompettes, ça change de la flute andine!
Pour les photos, on repassera, à cette distance et vue l’épaisseur des grilles, ça donne rien.

C’est pas tout, mais ça donne faim.
On tombe sur une placette où un aéropage d’entoqués célèbre la Semaine du Goût. Des mets en apparence succulents, des palanquées de gâteaux aux couleurs chatoyantes. On se laisserait bien tenter, mais la complication vient du mode de commande: il faut payer son assiette à un guichet et ensuite aller se faire servir. Va expliquer ce que tu veux avec notre espagnol.... En prévision du périple, on avait suivi des cours pendant un an dans une MJC. Frederico, un catalan pur jus, prêt à mourir pour simplement embrasser la pelouse du Barca, nous a familiarisé avec l’emploi du subjonctif, les subtilités de Usted et autres verbes irréguliers. Noble intention. Mais là, face au guichet, on manque singulièrement de vocabulaire...



Bien, on va se rabattre sur une pollerias (cantine de quartier); c’est plus intime, et là on va pouvoir montrer à défaut de nommer.
Au menu, le plat national en entrée: les ceviche (poisson cru au citron vert et salade d’oignon arrosé de sauce "muy piquante")
En plat, poulet grillé et fayots (pour l’une) et viande hachée avec un légume inconnu, mais délicieux, pour moi.
Le tout avec du riz.
On arrose ça d’une bière Cristal de 650ml (faut bien ça) pour moi et d’un Inca Kola pour Sylvie.
L’Inca Kola, c’est du Haribo liquide! Assez curieux, surtout par dessus la sauce piquante !
Repas copieux pour 10 soles (soit 2,5 euro) par personne.

 Apres ça, on poursuit la visite en direction des favelas. Courageux mais pas téméraires, on laissera une autoroute et une rivière entre elle et nous: on se contentera de photographier au zoom la colline, surmontée d’une gigantesque croix, où s’accrochent les milliers de masures bariolées.
 Et maintenant, direction l’Eglise Franciscaine et ses catacombes. Plafond style mauresque, des bondieuseries à tout va et en sous-sol 25 000 squelettes soigneusement alignés, les crânes posés sur les tibias et fémurs (le reste ayant été incinéré; drôle de coutume)
Faut savoir d’où vient cette pratique (arrêtée en 1820 pour raison d’hygiène): les riches se faisaient enterrer classiquement, avec pierre tombale importée du Guatemala. Les pauvres n’avaient droit qu’à l’incinération, et avec peu de bois, et donc les gros os (fémur, tibia et crâne) résistaient au feu et étaient placés en catacombe en fosse commune.
On flâne, on arpente le centre-ville, agrippés aux sacs à dos comme des moules sur un rocher, par crainte d’être dévalisés, le sport national à Lima si l’on en croit Lonely Planet et les dires de 2 potes ayant pérégriné dans le coin il y a quelques années.
Les flics sont partout, la foule clairsemée, il ne nous est rien arrivé de fâcheux ce premier jour.
    







Au gré de nos pas on découvre des expos artistiques sympas, des églises multicolores et baroques au possible (faut dire qu’ici il y a autant de repère à curés que de mouches au cul d’une vache).
Quelques haltes dans des petits squares pour délasser les pieds et en griller une (les clopes sont a 1 euro le paquet... ça va pas aider à arrêter la fumette!)
A la dernière halte, une drag-queen vient quémander une piècette. Faut imaginer un latinos à la barbe bien bleue, maquillé comme une pute et enfouraillé dans une robe rose bonbon avec des prothèses fessières et mammaires à la Russ Meyer.
Et ce con qui me fait des œillades et des bisous, la bouche en cul de poule!
J’en ai encore les côtes secouées de rire.
Apres cet épisode assez cocasse, on se rentre. A vue de nez, en remontant l’avenue España puis celle du Chili, on devrait tomber à 200m de notre guest-house.
Vas y qu’on avance au milieu des minibus en maraude, le rabatteur accroché à la portière grande ouverte et hurlant le prix du ticket et la destination pour appâter le client.
Trois bons quart d’heure plus tard, force est de constater que mon sens inné de l’orientation est grave en défaut. On est à 2 bons km à l’opposé de notre point théorique d’arrivée...
Sylvie me lance un "on se demande bien où tu as la tête et surtout avec qui, pour nous paumer ainsi". Je ne relèverai que pour demander qui est ce "on" majestueux...
Demi-tour, repérage sur plan, arrivée à la nuit tombée pour une douche salvatrice.
Tout à l’heure on ira casser la croûte dans une pollerias du quartier, puis extinction des feux de bonne heure.
Non seulement on a 8h de marche dans les mollets, mais demain lever à 7h pour prendre le bus nous emmenant à Pisco visiter les iles à Guano et la réserve d’oiseaux (4h de route tout de même).
 


http://bernardsylvieperou.blogspot.fr/2012/04/pisco.html

  

2 - Pisco

On débarque à la station Soyuz à 8h50 et un bus part fort à propos à 8h58!
Timing synchro!
240 km en 4h sur la Panamerican Suz, l´autoroute côtière.
Paysage désolé, on se croirait sur Mars. Des dunes de 50m de haut sur des dizaines de km, et derrière des petites collines, sans la moindre verdure, jusqu´à l´horizon . Des petits villages faits de baraquements sont posés ça et là sur la poussière, cernés de carrières d´extraction de sable.
Le bus file, le contrôleur se fait un devoir de vérifier les tickets tous les 50km...
Il branche la TV sur un DVD et a la délicatesse de mettre le sous-titrage en français.
Premier film "the Crazies", un truc d´horreur (j´adore): une manip en labo a diffusé un virus dans une paisible bourgade; avant que l´armée n´arrive et zigouille tout le monde, les habitants s´entretuent joyeusement en s´enfourchant, se découpant à la scie électrique et autres raffinements au couteau; ca se termine par une explosion atomique qui clôt définitivement le problème. Heureusement le héros et sa dulcinée enceinte s´en sortent.... jusqu´à l´épisode 2?
Deuxième film "Defiance": un groupe de Juifs se réfugie en forêt Biélorusse en 1941 et s´organise en francs-tireurs pour subsister. Le héros (Daniel Craig, moins glamour qu´en James Bond) est partagé entre la vengeance et le devoir d´humanité. On sera interrompus alors qu´ils traversent des marais, le jour de Pessah, tels des Moises modernes. Parait que c´est tiré d´une histoire vraie... mais avec Hollywood, tout est toujours vrai!
On ne saura pas le dénouement vu que le contrôleur fait retentir un tonitruant "Pisco, Pisco ciudad".
Chargés des sacs à dos, on a à peine le temps de dégainer un mégot qu´un péruvien local s´amène pour nous proposer taxi, hébergement, excursions....
Il baragouine 2 mots de français mais suffisamment pour se faire comprendre en sabir hispano-françaoui.
Il ressort de ses explications qu´on dispose de la version 2007 du Lonely Planet, que depuis les prix ont grimpé de 30% (il a la version 2010 pour appuyer sa démonstration).
Première réaction: la FNAC nous a entubé avec une édition de mathusalem
Deuxième réaction: le budget va en prendre un coup....
Il nous fait acheminer dans une Guest abordable (60 soles=15 euro) et promet de passer dans la journée pour organiser l´expédition de demain aux iles à Guano.
Petit tour dans la ville: à part rien à voir, on n´a que l´embarras du choix. Des nuées de tuk-tuk vont et viennent dans un nuage de poussière sur les ruelles en terre battue.


 Une seule rue est pavée et bordée d´échoppes et restaus. Particularité de ces restaus: aucun prix n´est affiché. On comprend mieux en s´asseyant: le tenancier avance une carte avec des prix dignes des Champs Elysées... Thénardier! On se carapate vers des cantines plus dans nos prix, et effectivement on se trouve une polleria à 6 soles (2,5 euro) le menu, boisson comprise.
Comme tous les restaus, la télé hurle à fond, ça limite les dialogues.
Je grignotte une salade et Sylvie se leste en plus d´un goulbi goulba de viande hachée et pates en sauce.

 En retournant à la pension, on croise une manif: ballons multicolores, pancartes artisanales et leader  scandant des slogans, le tout accompagné de boum-boum sur un tambour aussi gros que la matrone tapant à toute volée sur la grosse caisse.
On n´a pas tout compris le but de la manif, mais il semblerait que ce soit pour soutenir un candidat aux élections locales.





Petite lessive, puis on repart visiter ce fond de nulle part qu´est Pisco.
La seule direction qui s´impose est de rejoindre le front de mer.
Trois km à slalomer parmi les immeubles dont on ne sait s´íls sont en construction ou en voie de démolition. Parfois un hôtel rutilant est posé au milieu de ces carcasses en briques.
A se demander qui les fréquente, vu qu´on ne croise aucun touriste (ou alors ils sont claquemurés derrière les hauts murs d´enceinte).




Le Pacifique.
Première fois que je le vois.
Des gerbes d´écumes éclatent sur la baie. Des vagues de 3 à 4m jaillissent entre houle et ressac. Je reste quasi 2h à contempler cette force brutale. La seule que j´ai vu de semblable est en Bretagne. Les pensées s´envolent par delà les océans et vont et viennent entre ces contrées sauvages.
Le soleil se couche, la fraicheur contraint à rentrer, la tête pleine de poésie.







3 - Iles Ballestas


Hier soir on a mangé dans un restau chinois. Enfin chinois pour la déco, car en salle et cuisine y´a pas un seul bridé. En fait ce qui motive la narration de ce repas c´est qu´on a eu droit à de la viande en sauce, et tout était dans la sauce! Fushia fluo, gélatineuse, goût fraise tagada... arrosé de Inca Kola aux aromes Haribo, un must culinaire!
Ce matin on rejoint le port de Pisco pour embarquer aux iles Ballestos. Petite embarcation remplie de Français et de Québécois, le guide parle français. Merveille de l´organisation péruvienne regroupant les visiteurs par idiomes.
Autre merveille de l´organisation locale: l´art de créer des emplois (ce dont on ne peut que se réjouir en ces temps de libéralisme mondialisé).
Voila comment ça marche: pour réserver l´excursion, il faut passer par une agence; mais celle-ci dépêche un "commercial" direct à la guest house (2 emplois). Ensuite on s´acquitte d´une taxe portuaire auprès d´un préposé (1 emploi) qui sera contrôlé à l´embarcadère (1 emploi). Sous nos contrées optimisant le travail, tout cela serait assuré par un(e) guichetier(e) unique assurant promotion du voyage, vente du ticket et perception des taxes; et pas sûr que ca coûte moins cher in fine.....
Ici, c´est partout comme ça: au restau, en boutique, dans les bus, les monuments....
 J´en reviens à l´excursion. A peine sortis du port, 2 dauphins caracolent autour de la barque. On file ensuite au large sur l´océan plat comme une limande (ça change d´hier au soir). Arrêt à l´extrémité de la péninsule pour admirer le "candélabre" gravé dans la montagne: 100m de haut à vue de nez et 50 cm de profond; des tonnes de rocs cassés à la masse pour poser cet énigmatique insigne. Les origines de cette gravure sont encore inconnues: seule certitude, elle a été faite entre le 15e et le 19e.
Explications possibles d´après le guide:
1- les pirates de Francis Drake indiquaient la direction de leur repaire sur San Gallan toute proche (peu probable, car ça aurait illico conduit les navires royaux pile poile sur leur base arrière)
2- un prêtre fou de dieu aurait gravé sa foi pour l´éternité (mmmmouais... y´a mieux comme symbole de foi chrétienne)
3- des mormons, chassés des US en 1830, auraient trouvé asile ici et signifié leur implantation par cet icone d´arbre de vie (sauf qu´il n´y a pas de mormons au Pérou)
4- les francs-maçons: dont le symbole de liberté est semblable (bof, pour des spécialistes du secret, on fait mieux)
(heureusement qu´il n´y a que 3 branches au chandelier, et non 7, sinon on avait droit a l´origine hébraïque de la gravure, voire à une collusion judéo-maçonnique!)
5- et bien évidemment les extra-terrestres pour signaler leurs pistes d´atterrissage de Nazca (peu importe l´invraisemblance d´extra-terrestres parcourant la galaxie en fusées high-tech et traçant leurs balises directionnelles au burin pour signaler un aéroport fait d´alignements de cailloux... l´important est d´avoir du mystérieux à donner en pâture aux touristes)
En tout cas, le "candélabre" est bien là et il défie les siècles.


 Plus au large, on arrive aux fameuses iles de Ballestas: des rochers à fleur d´eau servant de nid pour des milliards d´oiseaux. Sauf que depuis l´apparition de l´oiseau sur terre il y a bien 100 millions d´années, ils ont tellement chié que de fleur d´eau on est passé à des montagnes de 80m !
Et non seulement ça se voit, mais ça se sent ! Vindiou l´odeur!
Y´a de tout: cormorans, pélicans, mouettes, goélands, fous de bassan et sûrement d´autres qu´un ornithologue averti discernerait sans peine. Ils sont tellement nombreux que les montagnes blanches d´excréments sont uniformément recouvertes d´un pelage noir ondulant: les oiseaux nidifiant. Le ciel est également noir de leurs congénères allant au ravitaillement en piaillant. Si on ajoute le bruit et l´odeur, c´est assez typé! Encore heureux, on a échappé à l´exocet air-sol!






 Mais il n´y a pas que des oiseaux; il y a aussi des pingouins en colonies innombrables et de braves otaries se faisant la sieste au soleil.
Une belle race ces bestiaux: le mâle règne sur un harem de 10 a 12 femelles. Si je dois me réincarner, ce sera en otarie mâle!


 On longe les calanques de fientes, admirant les animaux et l´architecture de leurs déjections accumulées depuis la nuit des temps.
Ces iles à guano sont uniques au monde, et ça vaut le coup d´œil.





 Une petite minute de science: la rencontre du courant marin froid, dit de Humboldt, venant de l´antarctique, se télescope avec un courant chaud venu de l´équateur. Tout ca crée un micro-climat propice au plancton, krill et poissons dont sont friands les bestiaux ayant élu domicile ici depuis la nuit des temps pour les raisons sus-nommées.


 Retour au port pour se dégourdir les jambes sur la jetée au son andin d´un orchestre local grimé en Quilapayun. C´est furieusement typique et franchement entraînant comme musique.